• Insouciance

    Certains le savent peut-être, je fais partie de l’association « vos gâteaux » depuis le 1er confinement, petit groupe de mamans (mais pas que) qui essaye d’apporter un peu de soutien et un peu de douceur au personnel soignant, en hôpitaux, EPHAD, etc. en faisant des pâtisseries que nous distribuons ensuite aux établissements autour de chez nous.

    Pour un peu plus de gaîté, parfois on ajoute un petit message, ou un dessin des enfants.

    Et là, en étendant mon linge je me demandais ce que je pourrais bien cuisiner pour eux, et quel dessin pourrait faire mon petit CE2. Je l’imaginais faire un petit mot qui dirait « J’ai 8 ans et je porte bien mon masque ». Je n’ai même pas pu envisager la suite parce que j’ai été prise d’un gros sanglot et je me suis mise à pleurer, toute seule chez moi. Comme ça, d’un coup.

    Tout juste 8 ans.

    Un masque.

    C’est quoi cette enfance qu’on leur offre ?

     

    Quand je pense à mes 8 ans à moi, je me vois dans le jardin à faire des cabanes, je repense à mes copines qui venaient dormir à la maison, et les balades en vélo. Aux fêtes d'anniversaire dans le garage, aux boums, aux séances de maquillage. Je me vois cueillir et manger les framboises chez mes grands-parents.

    Mes enfants n’ont jamais mangé de framboises directement depuis un framboisier.

    On ne les laisse pas faire du vélo seul à 8 ans en ville.

    On ne les laisse rien faire tout seul à 8 ans en ville.

    Ils sont sous haute protection, sous surveillance parentale, tout le temps. Et là, en plus quoi, on leur impose un masque, dès 6 ans ?  Ils ne peuvent plus inviter leurs copains à la maison, on leur fait comprendre que partager leur goûter c’est dangereux. Qu’embrasser ses mamies aussi. Qu’on ne doit pas toucher les rampes des escaliers ou les boutons d’ascenseur. Nous, on léchait des cailloux, on mangeait des noisettes tombées de l'arbre, et des fleurs de pissenlits pour voir si c’était comestible. On apprenait à faire du patin à roulettes sur des routes pleines de graviers, on s’écorchait, on essuyait un peu, on soufflait dessus et hop c’était reparti. On faisait des rondes dans les cours de récré, on jouait à l’élastique. On se disait des secrets au creux de l’oreille et on était meilleures copines pour la vie en se piquant le doigt pour faire couler une goutte de sang. Si, faut le faire sinon on sera pas copines pour la vie. Alors même si on trouvait ça a la fois un peu dangereux et un peu dégueu, on le faisait. Pour Gaëlle, pour Sandrine, pour Julie, pour nos copines. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer.

    Quel souvenir ils garderont de leur enfance ? Mais qu’est ce qu’on est en train de faire ?

    J’ai beaucoup de peine pour cette génération d’enfants, mais j’en ai encore plus pour nous, parce qu’on sait à coté de quoi ils passent. Eux, non. Ca me rend infiniment triste.

     

     

    A quel moment avons-nous perdu ça ? A quel moment a-t-on décidé que l’insouciance c’était terminé, et que les enfants devaient être responsables, ou matures, ou sérieux, ou que sais-je.


    Auront-ils le temps de vivre un peu l’insouciance avant que ce ne soit trop tard, qu’ils soient trop grands pour en profiter ?

      

    Alors, vite, il faut des bonnes nouvelles. N’importe quoi.

     

    S’il vous plait.

     


  • Commentaires

    1
    July
    Vendredi 6 Novembre 2020 à 09:49

    j'en ai les yeux qui piquent et la gorge serrée ... frown

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